2011 en Bourgogne : précoce, pluvieux, mais pas trop pourri

En 2011, la météo a joué avec les nerfs des producteurs, démarrant en fanfare sur une précocité exceptionnelle avant de leur faire subir un été frais et arrosé.

Le printemps et l’été

Le Chablisien et l’Auxerrois

Le Nord de la Bourgogne a vécu un hiver sec et un printemps tout aussi sec et chaud. le vignoble est déficitaire en eau. Tel un sprinter, la vigne a donc bondi des starting-blocks, débourrant parfois en mars avec près de trois semaines d’avance sur 2010. Tout le monde pense à 2007.

La floraison se déroule sans encombre, de même que la nouaison, annonçant une bonne quantité de raisin. Fin juin, le temps tourne à l’orage : la grêle occasionne des dégâts parfois importants sur la rive droite du Serein (Fourchaume et la commune de Fontenay sont touchés).

Ces pluies de juillet ont cependant un avantage : elles apportent enfin l’eau qui manquait aux vignes pour s’épanouir et pousser à leur aise. Le mois d’août connaît un début pluvieux. Heureusement, la fin août et son chaud soleil donnent le dernier coup de pouce aux raisins qui achèvent ainsi de mûrir en beauté.

  • Le Mâconnais
  • Le Mâconnais a connu un hiver doux et un printemps californien, chaud et sec, permettant aux vignes de débourrer tôt et de parfumer les vignes de leurs premières fleurs sous le chaud soleil de la mi-mai.
    Ce scénario idyllique se poursuit en juin.
    Mais juillet crée le suspense, la pluie et la fraîcheur s’invitant dès le 7 du mois. Heureusement août rétablit l’équilibre, car il fait de nouveau chaud et sec, et le happy end se déroule au soleil, avec des vendanges en tout début de septembre.

    Corton vin Bourgogne
    Vignes d’Aloxe-Corton en juillet 2011… juste avant l’orage !

    Les vins ont la rondeur des millésimes précoces, avec ce surcroît de minéralité des étés frais : un bel alliage garant d’élégance et de bonne capacité de garde. Une très belle année assurément ! Les plus beaux terroirs proposent donc une robe jaune soutenue, des notes de silex, de vanille et de fruits mûrs (raisin, pêche) relevée d’une pimpante note exotique bien mûre (mangue et ananas). Le palais trace son chemin entre élégance et finesse, avec des finales droites voire austères, qui vieilliront très bien.

  • La Côte chalonnaise et la côte de Beaune
  • Précocité et sécheresse marquent ce millésime 2011 qui démarre debout sur les pédales dans le sud de la Côte, sous le soleil.
    Ce sprint reçoit cependant un sérieux coup de frein au mois de juillet, soudainement frais et arrosé dans sa deuxième quinzaine.

    C’est même un virage sur l’aile pour la Côte Chalonnaise, qui subit les assauts de la grêle (le 12 juillet sur Rully, Bouzeron et Chassagne). Sont notamment sinistrés Rully, avec 140 mm d’eau tombés en juillet (moyenne annuelle : 60 mm !), et Mercurey Mercurey (un gros orage déverse 80 mm d’eau).
    Jours ensoleillés mais frais (nuit à 10°C et journées à 21°C) avec un gros orage sur la côte de Beaune et la Côte Chalonnaise.
    Quelques attaques de pourriture fin août, mais les peaux restent épaisses. Petits rendements prévus.
    Le 1er septembre, avec le retour du soleil, les vendangeurs s’élancent dans les rangs de pinot noir, savourant une arrière-saison bourguignonne typique avec son alternance de nuits fraîches et d’après-midis estivaux.

    Rully : 2011 est un millésime qui s’en sort bien finalement, après les trois (trois !) passages de grêle qui ont laminé les vignes. il a fallu tirer à mort, avec des raisins rouges pas mûrs (en retard de maturité en fait), du pourri sec… Certains vignerons ont tout perdu sur certaines parcelles, ceux qui ont rentré du raisin ont dépensé des fortunes en heures de main-d’oeuvre à la table de tri, mais finalement les grappes rentrées ont un air correct, les vins sont concentrés, plutôt bien donc. Ouf !

  • La Côte de Nuits
  • En 2011, tout comme en 2007, le printemps a été très précoce et très sec, avec un mois d’avril très chaud à partir du 12, et des températures proches de 30°C les après-midis, et ce jusqu’au 5 mai. (Source : Armand Rousseau, Gevrey-Chambertin)

    Le stade pleine fleur est atteint de façon étalée aux alentours du 20 mai, mois qui lui aussi fut plus chaud et plus sec que d’habitude, tout comme juin.

    La vigne prend donc de l’avance à cette période, et les vignerons anticipent une vendange très précoce.L’état sanitaire est parfait à ce stade et la pression mildiou/ oïdium quasi nulle. (Armand Rousseau)

    Grâce à ce temps sec et chaud, le vignoble est très sain, les ravageurs et maladies ne trouvant pas de conditions propices à leur développement. Toutefois, l’assèchement des réserves en eau du sol laisse craindre un stress hydrique précoce pour la plante pouvant l’affaiblir pour la période de maturation à venir. Le retour des pluies début juin profite à la vigne et rassure les professionnels. (source : BIVB)

    Juillet 2011 : Ce fort arrosage et la fréquence des précipitations placent donc ce mois au 3ème rang des mois de juillet les plus humides depuis 90 ans. (Météo-France)

    A partir du 7 juillet, la tendance météorologique s’inverse complètement. Une grande instabilité s’installe et les précipitations orageuses sont quotidiennes. Ce mois de juillet connaît des cumuls de pluie pouvant atteindre 3 fois la normale sur certains secteurs. Il est également l’un des plus froids de ces 20 dernières années !
    Un fait marquant est la fréquence et l’intensité des averses de grêle, avec notamment une grêle le 23 juillet très localisée sur Gevrey-Chambertin.

    Le mois d’août est marqué par l’alternance d’épisodes chauds et plutôt ensoleillés et d’autres plus frais et pluvieux. La vigne sait profiter des périodes favorables et la maturation se produit avec un bon rythme. Trois à quatre épisodes pluvieux très importants sont observés, les deux premiers apportant le cumul mensuel normalement mesuré. La dernière décade du mois d’août voit le retour d’un temps sec et chaud avec des températures dépassant les normales saisonnières. (source : BIVB)

    Jours ensoleillés mais frais (nuit à 10°C et journées à 21°C) avec un gros orage sur la la côte de Nuits le 25/08 et le 26/08.
    Retour des grosses chaleurs assez lourdes le jeudi 1/09. Idem 02/09 avec une très légère pluie à l’aube sur Dijon. La maturité ne progresse plus et il vaut mieux vendanger.

    Les vendanges

  • Dans la Côte

  • Elles sont annoncées pour le jeudi 1er septembre 2011 en Côte de Beaune pour les rouges, les blancs ayant commencé un peu plus tôt notamment chez Patrick Javillier de Meursault.
    mais ça reste du cas par cas. Le temps orageux persiste quelques jours avant l’installation de conditions anticycloniques accompagnées de vent du Nord, bénéfique pour les vignes : il fait chaud l’après-midi, froid la nuit.
    L’avis final du domaine Rousseau : Après tout le travail en vert réalisé avant la récolte, l’état sanitaire des raisins est satisfaisant mais hétérogène.
    Les vendanges débutent le 30 août, soit un jour plus tôt qu’en 2007. Sur les coteaux des Premiers et Grands Crus, l’état sanitaire est beau, mais pour les parcelles touchées par la grêle, un tri drastique s’impose.

    Mon avis : Les rouges sont fruités, donnant des vins nets et francs, intéressants dès leur jeunesse.

  • Dans l’Yonne

  • Dans le Chablisien, les vendanges commencent aussi au 01/09 et s’étalent jusqu’au 22 septembre, soit quelques jours de plus qu’à l’accoutumée, certains vignerons ayant démarré puis stoppé la récolte face à une météo favorable et à la bonne évolution de la maturité.

  • Dans le Mâconnais

  • Semaine du 22 août : les vendanges démarrent avec deux semaines d’avance par rapport à la « normale » pour les crémants.
    Concernant les vins tranquilles, les premiers coups de sécateurs sont donnés fin août.
    Les vins ont la rondeur des millésimes précoces, avec ce surcroît de minéralité des étés frais : une très belle année assurément.

  • Le crémant de Bourgogne

  • Récolte record ! En 2011, les producteurs de crémant ont le sourire aux lèvres, car ils ont produit 139 000 hl de crémant, contre 127 000 hl annuels en moyenne. Ils ont donné les premiers coups de sécateur dès la troisième semaine d’août dans le Sud de la Bourgogne. Les vendanges se sont étalées ensuite jusqu’à fin septembre.

    L’avis de Roland Masse, régisseur des Hospices de Beaune

    « 2011 est un millésime particulier, avec des dates de vedange précices, et une météo bizarre : on a eu l’été en mai-juin et le printemps pluvieux en juillet ! On s’est tenu aux 100 jours cependant. Les vendanges ont débuté fin août en chardonnay (le 25/08 à Pouilly-Fuissé). Les degrés varient de 12 à 13,2° en blanc, et de 11,3 à 12,2° en rouge. Les rouges sont digestes, avec une trompeuse apparence de raisin pas très mûr, alors qu’on a en fait des tanins intéressants sans astringence.
    Les rendements sont moyens par rapport à 2010 : 35 hl/ha en rouge, 45 hl/ha en blanc.
    Les blancs sont tout en finesse et en précision. Le pH est, avant malo, entre 3,10 et 3,15, idéal. Aucune surmaturité, des vins équilibrés. »