Le réquisitoire de William Fèvre contre les « ombrelles » de Chablis

William Fèvre, viticulteur-énarque atypique publie, en 1978, une machine de guerre contre l’extension des délimitations menée, entre autre, par Jean Durup : « Les vrais Chablis et les autres ».
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Cette brochure éditée à compte d’auteur met les pieds dans le plat et constitue aujourd’hui une mine d’infos pour comprendre ce qui s’est joué, dans les années 1980, entre les défenseurs du terroir « ancestral », rentiers de leurs belles parcelles historiques, et les nouveaux venus comme Jean Durup, avides de foncier pour développer les ventes de vin.

Voici que William Fèvre écrit, p.19, sur les premiers crus.

« Les plans de délimitation récemment déposés par l’INAO étendent certains 1ers crus existant et en créent d’autres, le tout portant sur près de 200 ha. (…)
Sur (ces) quelques 200 ha récemment classés (…), 15 ha seulement portent des vignes en production, essentiellement de toutes jeunes vignes.

La plupart des climats ainsi classés sont des massifs couverts de bois et de broussailles, tels les bois de la vallée des Vaux Ragons et les broussailles du Vaux de Longue à Beine, tels aussi les bois et les broussailles des climats « Les Landes et Verjus » (!) et « Chambres du Roi » à Courgis.(…)

Chablis-Vaudesir
Carte postale montrant de grandes bandes de céréales sur les coteaux, et les friches derrière Vaudésir.

On peut montrer, en se référant aux archives cadastrales, que ces zones de bois et de broussailles n’ont jamais porté de vignes de chardonnay dans le passé. Lorsque les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites.

Aussi pour conférer à ces soit-disant ‘Premiers crus’ la notoriété qui leur fait défaut, la demande est-elle faite aujourd’hui à l’Inao de leur donner le nom de premiers crus renommés situés à plusieurs kilomètres de distance.

Il suffirait pour cela de prolonger « le regroupement des premiers crus » institué, bien imprudemment, par l’arrêté du 28 juin 1967. Ainsi, les bois et broussailles de Vaux Ragons et du Vaux de Longue à Beine pourraient porter le nom du premier cru Boroy, situé à Poinchy, à plusieurs kilomètres de distance ! Voici ce qui arrive quand on veut tout décider à Paris. »

William Fèvre et des collègues intentèrent donc un recours devant le Conseil d’Etat pour annuler ces extensions. Résultat : Vaux Ragons ne bénéficia pas du nom-ombrelle de Beauroy, mais de celui de Vau de Vey, beaucoup moins réputé. Mais tous furent quand même créés.
Cela se traduisit par un déplacement du vignoble vers le nord, les communes du sud ne demandant pas de premiers crus sur leurs coteaux en friches (par peur de voir grimper les impôts fonciers), pour le plus grand bonheur de Maligny, et de Jean Durup, qui en avait acheté le magnifique château en ruines.

Chablis