Les vins produits ce millésime 2012 pourront porter la mention de « vin biologique ». Mais qu’est-ce que ça va changer en réalité ?
Un label exigeant à la vigne…
Jusqu’à maintenant, le logo AB désignait des « raisins issus de l’agriculture biologique ». Donc garantis sans traitements phytosanitaires. En clair : des raisins traités uniquement à la bouillie bordelaise et au soufre, comme vos tomates de potager. Avec, pour les vignerons les plus pointus, des tisanes et infusions (ortie, prêle, etc.) renforçant l’action préventive du cuivre et du soufre.
Mais c’était tout, et ça s’arrêtait là, car le raisin, sitôt arrivé au seuil de la cave, pouvait être sulfité, filtré, osmosé, centrifugé… comme un vulgaire vin industriel, n’en déplaise à ses origines bio.
Désormais, promis, le raisin bio sera dorloté à la vigne comme en cave, et ce sera donc du vin bio qui sera mis en bouteilles. Mais bizarrement, ce nouveau « vin bio » n’oblige pas le producteur à tant de vertu que cela. Car autant le bio est contraignant à la vigne (puisqu’il impose de se priver des désherbants, donc de labourer ou tondre entre les rangs pour en éliminer les mauvaises herbes) – autant le bio est plutôt du genre tolérant en cave.
…..mais tolérant en vinification
Le producteur pourra donc levurer les cuves, ajouter de l’acide tartrique si nécessaire, ou du sucre, des tanins, voire de l’albumine pour clarifier… Il sera tenu d’utiliser des produits bio, bien sûr (enfin, quand ils existent, et pour l’instant, rien n’existe, à part le sucre bio !) … mais aura le droit de pratiquer ces gestes techniques que récusent les puristes du bio.

Ces derniers estiment en effet qu’un vin se doit d’être vinifié en levures indigènes, sans chaptalisation ni acidification, sans filtration ni tanisage, de même, dirait-on, qu’une femme se doit d’être belle sans maquillage ni chirurgie.
Alors, finalement, ce vin bio, à quoi sert-il ? A clarifier l’étiquette, puisque qu’on comprend tout de suite maintenant de quoi il s’agit. A réduire aussi les doses de sulfites dans les vins, puisqu’après des bagarres homériques entre Français, Allemands et Italiens, l’Union Européenne oblige les vins bio à un niveau de sulfites inférieur à celui des vins conventionnels (un tiers de moins en rouge, moitié moins pour les vins blancs). Or ces sulfites sont tenus pour responsables des maux de tête chez les gens sensibles. Mais de toute façon, en règle générale, les bons vignerons n’ont pas besoin de mettre ces doses maximales de soufre, bio ou pas bio.
Et le consommateur pourra finalement regretter que le vin bio ne soit pas un vrai vin bio, c’est-à-dire un vin courageux, interdisant les levures industrielles par exemple. Avec des doses de soufre réellement basses. Mais le bio est devenu un business, et comme tel, se doit d’être rentable, donc pas trop coûteux à produire. De fait, une réglementation trop engagée aurait abouti à des vins trop chers, trop élitistes : le nivellement par le bas lui a été préféré.

le pire des traitements en vinif: macerations carboniques pour ne pas soufrer, extractions trop fortes, microbullage… pas mal de vignerons « bio » ne se genent pas.