Jura – Alerte au décrochage des ventes de vin en 2011

Les ventes de vin du Jura ont baissé de 2% en 2011-2012. C’est une mauvaise nouvelle, comme toute baisse, mais d’autant plus mauvaise qu’elle intervient dans un marché français des vins qui est, lui, en forme.
Les chiffres proviennent de l’assemblée générale du CIVJ, l’interprofession des vins du Jura, qui s’est tenue le 3 décembre 2012, compilés dans un article du journal local « Le Progrès », en ligne ici, et plus optimiste que moi.

Les bons chiffres du jaune et du macvin

La bonne nouvelle, c’est que les ventes de jaune et de macvin progressent. La mauvaise nouvelle, c’est que ces deux-là ne font pas vivre les producteurs. Ce sont des produits de niche, marginaux, qui marchent bien en Chine, mais qui n’assurent pas le gros d’une trésorerie d’exploitation.

Encéphalogramme plat chez les vins blancs et le crémant du Jura

Plus ennuyeuses sont les stagnations du blanc et du crémant. C’est d’ailleurs une surprise.
Car en Bourgogne, les blancs battent des records en grande distribution. Et le crémant est le produit à la mode, le « champagne du pauvre » – ou du connaisseur malin, si je peux me permettre.
Qu’on en juge : le crémant de Bourgogne est devenu, en l’espace d’une dizaine d’années, l’appellation effervescente la plus vendue après le champagne. Et le crémant du Jura, adossé aux mêmes cépages (chardonnay et pinot noir), aurait pu connaître la même trajectoire ascendante. Surtout que c’est un produit facile à élaborer, ne demandant ni gros degrés, ni vieilles vignes, ni petits rendements, contrairement aux vins rouges par exemple. Mais il stagne, ses ventes plafonnent.

Le vin du Jura est-il en train de sortir du peloton ?

Cette ambiance morose autour des vins du jura n’est pas nouvelle, mais elle est préoccupante car elle témoigne du décrochage de la région dans un contexte pourtant favorable aux vins d’appellations, et aux vins blancs, 2010 étant à cet égard un joli millésime dans le Jura (voir le bilan météo ici).
Ce qui est vraiment ennuyeux, c’est que les vins du Jura devraient au contraire bénéficier des dernières tendances de consommation des Français, car les vins d’appellation, et ceux dits de niche, regagnent en ce moment des parts de marché dans les ventes en GD en France.
Ainsi, le panier de vin moyen « vin » du consommateur est passé, entre 2008 et 2011, de 301 euros à 312 euros, indiquant un recentrage des oenophiles sur des vins plus haut-de-gamme, même s’ils boivent moins en quantité (source : dossier de presse du BIVB 2012). Or le Jura est justement destiné à ce public buveur de vins d’AOC.
Conclusion : au moment où la Bourgogne voit ses ventes de vins augmenter de +2%, celles du Jura baissent d’autant. Comme si le Jura quittait le peloton et décrochait du segment des petites régions à bon rapport qualité-prix, prisées des consommateurs.

L’horizon chinois de l’interprofession des vins du Jura

Le problème chronique du Jura, c’est que l’interprofession, comme les autres instances, n’a pas de sous. Ni pour financer la recherche en viticulture et en oenologie, ni pour monter des campagnes de pub.
C’est en fait la même situation que dans le Beaujolais, qui doit toucher des consommateurs lointains (l’Asie) avec des budgets minuscules.
L’Union Europénne fermant en ce moment tous les robinets, ça ne va pas s’arranger. Pourtant, le CIVJ va investir 40 000€ en com’ l’an prochain.
Marie-Christine Tarby-Maire, présidente du CIVJ, a cependant déclaré le 3 décembre à l’assemblée générale sa volonté d’aller démarcher de nouveau le marché chinois (où les Bourguignons viennent d’ailleurs d’installer une chargée de mission pour la Chine continentale).
En France, le Jura va développer les marchés locaux, Lyon, Nancy, Metz, où se concentrent les consommateurs de vins et les bons cavistes.
Enfin, il faudra communiquer sur le web, une com’ pas chère et quand même assez lue par les oenophiles, notamment en direction des blogs dits prescripteurs.
Et ne pas laisser les Bourguignons, les Alsaciens, et ces autres régions productrices de vins blancs de niche, tirer les marrons du feu et évincer le Jura des linéaires de la GD chez nous, et des cavistes en Chine.

Pour en savoir plus sur le bilan économique des vins de Bourgogne en 2011-2012, les ventes de crémant et la consommation des AOC en général : voir l’excellent dossier de presse du BIVB en ligne ici.

, Côtes du Jura, GD et cavistes, vin jaune

Un commentaire sur “Jura – Alerte au décrochage des ventes de vin en 2011

  1. le crémant en baisse et pourtant une productrice comme Marie-Pierre Chevassu produit un excellent crémant vendu 6.80 euros la bouteille. Je fais le pari que dans une dégustation à l’aveugle il battrait bon nombre de champagnes à plus de 15 euros la bouteille…..

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